Regards sur le territoire.

Alix Audurier-Cros

Participante depuis de nombreuses années au CoDev, j’ai été invitée à l’atelier du ScoT : Aménagement économique et commercial. En tant que géographe et historienne, je travaille sur différents niveaux : le Pays Cœur d’Héraut avec son identité mais aussi les pôles de Millau, Béziers-Narbonne et Montpellier.

Quels regards sur le territoire ? Le Pays subit une forte pression de la métropole de Montpellier, qui tend à s’étendre. développement de grandes infrastructures qui dessinent le grand triangle, encore incomplet, A75 A 750 et A9. Cela représentera un grand appel d’air pour le Pays Cœur d’Hérault, c’est un enjeu territorial, très fort.

La démographie : +30.000 habitants en plus sur 30 ans, avec 3 pôles : Clermont, Clermont-St-André/Aniane, Lodève. A l’heure actuelle, on manque de chiffres et d’une carte des flux pendulaires, sur l’autoroute notamment, avec un circuit quotidien pour se rendre au travail. Avec le développement des entreprises, un grand trafic vient se superposer avec ces flux migratoires pendulaires domicile/travail.

On note l’installation de jeunes retraités et de couples, avec des revenus moyens ou faibles. Les rythmes sectoriels sont à analyser, avec leur consommation, la demande de logement, la vie sociale.

On note aussi  de nombreuses résidences secondaires, ce qui est très étonnant, des centres anciens « négligés » (absence de rénovation). La demande foncière pousse à construire des logements neufs et au développement urbain et villageois.
La grande vacance de logements pose des questions, cependant 28% sont des logements loués non déclarés.  Donc c’est une vacance des chiffres

Réflexion du géographe : où se placent les pressions et tensions pour les logements ?

 L’espace agricole et le non-bâti : l’espace agricole en friche, est un espace flou : quel est son statut ? Les derniers chiffres donnés sont de 2009. Or nous sommes en 2017. Comment les actualiser ? La consommation artificielle est de 1.600 ha en 2009, calculée sur 13 ans.  70% des terres agricoles sont consommées sur 4 communes : Aspiran, Canet, Clermont et Paulhan. Il y a 14.000 ha de vignobles et 24.000 ha d’élevages (collines et rebords de plateaux). La désertification agricole est due au recul de l’élevage. Ce n’est pas forcément un déclin, sauf pour la vigne familiale de tradition, car on trouve des vignobles de qualité en Cœur d’Hérault.

Les terres peuvent muter vers la culture maraîchère. Des atouts très forts en maraîchage sont les systèmes d’irrigation, à maintenir par l’ASA, permettant une biodiversité et le développement de l’oenotourisme (accueil au domaine viticole). Il y a aussi des faiblesses car pas assez de structures d’accueil : quelques gîtes, mais un déficit de structures hôtelières.

Paysage en mutation : la question des paysages culturels. Il convient de réfléchir aux équilibres des grands sites Salagou et St-Guilhem, mais aussi des centres villes à l’architecture extrêmement intéressante (Lodève, Clermont…) qu’il faudra inscrire dans des objectifs du SCoT, afin d’en garder la maîtrise et de  permettre une vision de qualité du Cœur d’Hérault.

La lutte contre la fermeture des espaces naturels : l’agropastoralisme permet de garder des marges (espaces périphériques) et de conserver des paysages ouverts. Le jeu de complémentarité entre l’agriculture et les paysages n’est pas négligeable.

La lutte contre les incendies, avec une gestion intelligente, permet aussi cette complémentarité.

Si nous n’insistons pas sur la définition des objectifs, on risque un basculement de notre patrimoine historique et naturel, et d’arriver sur un laisser-faire, une dérive de la « tâche d’huile », phénomène que l’on ne pourrait pas maîtriser.

Le Cœur d’Hérault est un territoire en creux, depuis le haut d’Aniane jusqu’au Rocher des Vierges : le fond du bassin doit pouvoir conserver ses espaces naturels.

La charte paysagère de l’A75 n’a pas toujours  été respectée et les aménagements au bord  de l’autoroute au sud de Clermont, n’auraient jamais dû exister (La Salamane).

 La gestion de l’eau et des risques : le problème de l’alimentation en eau potable. La question de l’eau est à affronter dans ce diagnostic. On ne doit pas penser que l’on peut aménager à l’infini (constructions). L’autre problème est le risque d’inondation, le non-respect de construction, avec 20. 000 habitants dans des zones inondables. C’est un véritable problème de repositionnement.

Les risques d’incendie augmentent si on accroît la population et les écarts dans des zones reculées.

 

Débat avec l’assemblée

Question : concernant la charte paysagère non respectée de l’A75, qu’en est-il ici ?

Réponse : il y a eu des recours au tribunal sur l’A75 vers Clermont-Ferrand. Pas dans notre Cœur d’Hérault, ni sur Millau ou Béziers.

Précision de Philippe Martin : depuis que je suis sur le territoire, c‘est la première fois que j’entends un  exposé géographique de notre territoire d’une telle qualité  et qu’on mentionne le non-respect de la charte paysagère de l’A75. Bravo pour cet exposé !

 

Question : vous avez dit qu’il y avait une absence de chiffres. La France manque-t-elle de chiffres ?

Réponse : il y a beaucoup de chiffres, mais il faut trouver les bons.

Précision de Laurent Dupont : Toutes les communes ont des données chiffrées, mais faudrait une véritable coordination des 77 communes pour collecter tous ces chiffres et les analyser.

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Note Alix Audurier CROS. Géographe professeur...

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